Le 2 février 1892, fête de la présentation de Jésus au temple,  frère Marie Albéric prononce ses vœux simples. Voilà deux extraits de textes : le premier c’est une lettre écrite à sa sœur Mimi quelque semaine avant son engagement ; le deuxième texte, à sa cuisine Marie de Bondy, est écrit le lendemain de son engagement :

N. D. du Sacré – Cœur, 20 décembre 1891

Merci de ta bonne lettre du 8 novembre, ma chère Mimi, merci de tes souhaits de fête …

C’est le 2 février, veille d’un triste jour[1], que je prononcerai mes vœux ; je te l’ai peut-être déjà dit dans ma dernière lettre, mais j’aime mieux répéter qu’omettre car je tiens tant à ce que tu pries pour moi et avec moi ce jour-là : tâche de recevoir le bon Dieu pour moi ce matin-là, demande-le aussi de ma part à Raymond ; c’est dans la matinée, de bonne heure, vers 7h qu’à lieu je ne dirai pas cette cérémonie tant cela est simple, mais cet acte qui est une si grande grâce !

Je suis toujours de même : le bon Dieu me maintient dans une paix incomparable et dans une santé parfaite : remercie-Le de tous les bienfaits dont Il a comblé mon noviciat ; remercie-Le de la faveur infinie qu’il me fait en m’appelant à la profession religieuse : être tout à Lui, songe quelle grâce ! et en me la donnant Il me rappelle avec la plus grande douceur que plus je serai à Lui plus je serai à ceux qu’il m’a donnés à aimer. Les vœux ne séparent pas de ceux qu’on aime, ils attachent à eux avec une nouvelle force.

Bonne année encore de tout cœur, et bon Noël ! Je t’embrasse de tout mon cœur

fr. Marie-Albéric

Mercredi 3 février 1892, La Trappe de ND du Sacré Cœur par Alexandrette (Syrie)

Depuis hier je suis donc tout à Notre-Seigneur. Vers 7h j’ai prononcé mes vœux, vers 11h, on m’a coupé quelques mèches de cheveux à l’église (cérémonie très courte), puis on m’a rasé la tête en laissant la couronne et voici que je ne m’appartiens plus en quoi que ce soit (j’avais reçu, je ne sais si je vous l’ai dit, il y a quelque temps l’acceptation de ma démission d’officier de réserve). … Je suis dans un état que je n’ai jamais éprouvé, si ce n’est un peu à mon retour de Jérusalem, mais maintenant c’est bien différent… C’est un besoin de recueillement, de silence, d’être aux pieds du bon Dieu, et de le regarder presqu’en silence… on sent, on voudrait rester indéfiniment à sentir, sans le dire même, que l’on est tout au bon Dieu et qu’il est tout à nous…voilà mon âme depuis la grâce du 2, grâce infinie.

 



[1] Grand’père est mort le 3 février 1878.